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Spectacles – Château Scènes

Diffuseur pluridisciplinaire officiel en arts de la scène

Entrevue avec Nicolas F. Paquin

Pour voir le spectacle de Nicolas F. Paquin – La mémoire fane vite, le 1er mai 2026, rendez-vous à la section spectacles

Dans le spectacle La mémoire fane vite, Nicolas F. Paquin redonne vie aux récits de vétérans dont les histoires auraient pu disparaître. Il y partage des rencontres marquantes, des fragments d’humanité et une réflexion profonde sur l’oubli.

Une entrevue essentielle avec un passeur d’histoires qui nous rappelle que la mémoire n’est pas un héritage figé, mais un geste à poser — maintenant.

par Sébastien Cossette-Masse, Responsable des activités – Château Scènes | 13 février 2026

Bonjour Nicolas. J’aimerais m’entretenir avec toi sur ton parcours artistique, ta valeur en tant qu’artiste, ce qui t’intéresse et te passionne, autant dans ta démarche que dans le spectacle qui s’en vient au Pavillon de l’île de Châteauguay, La mémoire fane vite. Comme la Journée internationale du patrimoine canadien approche, je me suis dit que c’était un bon moment pour parler de ton travail, puisque tes œuvres, autant littéraires qu’artistiques, abordent le patrimoine immatériel et la mémoire. En tant qu’artiste, qu’est-ce qui t’inspire et te passionne dans ce sujet?

Je travaille la mémoire sous toutes ses formes : la mémoire du patrimoine, la mémoire comme action de se souvenir ou d’oublier, et même parfois ses aspects pathologiques, comme l’Alzheimer — même si je ne suis pas thérapeute. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on porte tous un paquet d’histoires cachées, des récits qui viennent de nos familles et de nos collectivités. Ces histoires pourraient créer un sentiment d’appartenance, nous aider à comprendre qui nous sommes, à développer de la fierté. Pourtant, on en parle peu. On vit dans la nouveauté constante, dans ce qui passe vite. Mais il y a quelque chose que les générations avant nous ont laissé, et qui pourrait nous aider à nous construire. On peut choisir de l’abandonner ou de bâtir à partir de ça. Et ça vaut autant pour le patrimoine bâti que pour le patrimoine immatériel, les mémoires familiales. Comme j’ai déjà écrit : ce n’est pas normal qu’on connaisse mieux les personnages de nos téléséries que ceux de nos propres familles.

J’aime que tu parles de l’identité comme quelque chose qui se bâtit autant physiquement qu’immatériellement, à travers les humains qui nous ont élevés et enracinés.

Je ne remonte pas à des générations très lointaines. Je m’intéresse surtout au 20e siècle, particulièrement à la Seconde Guerre mondiale. On parle d’événements qui datent de moins de 100 ans : une mémoire récente, fragile, sensible. Pour la Nouvelle-France, plus personne ne se souvient directement; on dépend de milliers de récits qui ont effacé beaucoup d’anecdotes. Mais la mémoire de grand-papa, on l’a connue. C’est plus sensible, plus concret. Et pour moi, c’est encore plus fascinant, parce qu’on peut mettre des visages, des portraits, des anecdotes. Ce n’est pas encore assez loin pour être abstrait. C’est ce que j’aime transmettre.

En tant qu’artiste de la parole, ce n’est pas comme un humoriste où le public rit ou applaudit constamment. Au théâtre, on rejoint les gens autrement : par l’écriture, par la courbe narrative. Mais pour toi, comment mesures‑tu ton succès sur scène?

Ma plus belle récompense, c’est quand je sens que les moments que j’ai construits fonctionnent exactement comme prévu. Quand j’arrive à une révélation et que je perçois un grand silence après un punch, je sais qu’ils veulent savoir la suite. Il se passe quelque chose de très fort à ce moment-là. Je ne consomme pas beaucoup de spectacles, mais ça me préserve de calquer mon travail sur celui des autres. Et que ce soit un public adulte ou adolescent, quand je vois les mêmes réactions, je sais que je tiens quelque chose de vrai et que je le transmets comme il faut.

Ça touche vraiment l’humain, au-delà du vécu.

Oui, et avec des histoires vraies. La réalité dépasse la fiction. On n’a même pas besoin d’inventer pour raconter de grandes histoires.

Avec toutes ces histoires qui ne viennent pas de toi mais que tu transmets, quel est le message que tu veux faire passer? Quelle est l’intention derrière La mémoire fane vite?

Je suis dans une démarche continue. Tout ce que j’ai travaillé autour de la mémoire des Québécois qui ont vécu la 2e Guerre mondiale me ramène à une question : qu’est‑ce qu’on doit à ceux qui nous ont laissé un monde de paix? On a une dette envers eux. Mon objectif, c’est de faire prendre conscience au plus grand nombre de cette dette-là. Quelqu’un qui écoute mon spectacle jusqu’à la fin sortira de là en se disant : on est tous capables de mettre fin aux guerres si on est dignes du sacrifice de ceux qui nous ont précédés.

Est‑ce que recueillir ces témoignages te donne un sentiment de responsabilité encore plus fort?

Oui. C’est devenu une réalité lourde à porter. J’en ai pris conscience en créant ce spectacle. Et puis la pandémie est arrivée. Je me suis retrouvé avec des centaines de récits d’êtres humains qui n’avaient jamais pu être entendus… et soudain, plus d’auditoire. Or ce que je raconte a besoin d’humanité. Je raconte des histoires humaines : j’ai besoin d’être avec des humains.

Quand tout s’est arrêté, j’ai compris que je portais quelque chose qui ne me concerne pas seulement moi, mais l’ensemble de mes concitoyens. Je ne fais pas du divertissement. Je fais de l’art. Et être sur scène, c’est un privilège. Avoir un auditoire, c’est un privilège. Si on n’a rien à dire, il faut aller ailleurs. Ça doit venir d’une passion profonde, d’une authenticité totale.

Beaucoup de conteurs racontent des histoires personnelles. Toi, tu racontes des histoires qui ne te sont pas arrivées. Comment crées‑tu le lien?

Dans le spectacle, je raconte le destin d’une dizaine d’hommes et de femmes qui ont vécu la guerre. Tout est basé sur mes recherches. C’est pour ça que j’ai adopté le terme spectacle documentaire. Le mot conteur ne fonctionnait pas : on imagine quelqu’un qui embellit une histoire. Moi, je ne déforme rien.

Je commence d’ailleurs le spectacle en racontant l’accident vasculaire que j’ai vécu dans le cimetière de Dieppe, à 39 ans, le jour du 67e anniversaire du raid. Je me suis retrouvé devant la pierre tombale d’un homme qui venait de la même ville que moi, qui avait mon âge. Ce genre de coïncidence traverse tout le spectacle. Ça me permet de rappeler que la mémoire est importante, pas pour ceux qui sont morts, mais pour nous et pour ceux qui viendront après.

Pour aller plus loin

Prolongez votre exploration de l’univers de Nicolas F. Paquin dans le confort de votre foyer en visionnant la série 39-45, animée par Claude Legault. Dans cette production, Claude échange avec Nicolas autour de plusieurs récits marquants de la Seconde Guerre mondiale.

Visionner la série 39-45 sur TV5 : 39-45 en sol canadien | Saison 1 | Sur demande | TV5

Voir le spectacle

Nicolas F. Paquin sera en spectacle le vendredi 1er mai 2026, à 20 h, à la Salle Jean-Pierre-houde du centre culturel Georges-P.-Vanier.

Salle Jean-Pierre Houde
15, boulevard Maple

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